TEC - La clientèle des transports publics, par Bruno Gazeau, délégué général de l'UTP - 01/09/2009

Pour la troisième année consécutive, les transports publics ont enregistré une hausse de leur fréquentation (nombre de voyages par habitant) de plus de 4% en2008. Désormais, ce ratio frôle les 110 voyages par habitant et par an en moyenne nationale et les 150 pour les réseaux de plus de 250000 habitants. Par ailleurs, les résultats des dernières enquêtes ménages déplacements dans plusieurs grandes agglomérations de France font état d'une baisse de la mobilité en voiture particulière au profit des modes doux et des transports publics. L'engouement des voyageurs pour ces derniers fait écho à la transformation de la vision même de la mobilité des Français.
La mutation de la mobilité des Français est en effet profonde, raisonnée et durable.
Elle est profonde car les voyageurs ont eux-mêmes opéré leur mutation : « d'usagers », ils sont devenus « clients ». L'époque du système de transport de masse est définitivement révolue. Les attentes des voyageurs dépassent désormais largement le simple cadre du déplacement : elles intègrent le service et la qualité qui y est afférente (information multimodale, garantie du temps de parcours, etc.), mais aussi le choix du mode (vélo en libre-service, bus, tramway, autopartage, parc-relais...). Les clients des transports publics sont multiples, chacun créant son voyage en fonction de ses priorités, en y intégrant du temps de travail, du temps de loisir ou encore du temps de shopping.
Cette mutation est aussi raisonnée car elle renvoie à une double prise de conscience des voyageurs : d'une part sur le pouvoir d'achat, d'autre part sur la préservation de l'environnement.
La récente flambée des prix du pétrole a en effet alerté les voyageurs sur le coût des divers modes de transport et a révélé l’avantage financier indéniable que constitue l'usage des transports publics. Le budget annuel d'un automobiliste s'élevant à environ 5500 euros et le prix de l'abonnement annuel moyen de transports publics étant dix fois moindre, les choix modaux sont donc déterminants dans le budget des ménages.
Par ailleurs, la prise de conscience de l'urgence environnementale, qui s'est fortement accentuée depuis quelques années, a mis en exergue la quantité d'émissions de gaz à effet de serre évitées par l'usage des transports publics dans leur zone de pertinence ou par les modes doux pour des distances plus courtes. En effet, un véhicule particulier en zone urbaine rejette 186g de CO2 par voyageur et par kilomètre, là où un bus ne rejette que 126g de CO2/voy.km et un tram seulement 4g!
Enfin, la mutation de la mobilité est durable . L'engorgement des agglomérations, la pollution atmosphérique et sonore, les émissions de gaz à effet de serre sont autant d'éléments qui ont atteint leur paroxysme au cours des dernières années. Les préoccupations en termes de qualité de vie en ville, de santé publique et de gain de temps sont de plus en plus puissantes, et seuls les transports publics et les modes doux sont capables de répondre à l'ensemble de ces enjeux. Les jeunes générations ne s'y trompent d'ailleurs pas, puisque selon l'Observatoire UTP de la Mobilité fin 2008, 74% des jeunes de 18 à 24 ans utilisent les transports publics pour se rendre sur les lieux de loisirs, tandis que les plus âgés découplent de plus en plus l'usage de la voiture de sa possession, comme en atteste l'étude du CERTU.
Dans un paysage de la mobilité en pleine refonte, le métier des opérateurs de transport public a donc évolué en profondeur. Ces derniers sont devenus au fil des ans des « opérateurs de mobilité », offrant une large palette de services afin de répondre à la demande des voyageurs qui est multiple et complexe. En proposant des services de vélo en libre-service, de voitures partagées, de transport à la demande, de parking relais ou encore de services spécialisés pour les personnes à mobilité réduite, ils traduisent dans leurs actions les mutations comportementales de leurs clients.